nouvelles compétences et
innovations dans la logistique

Les Emplois Logistiques

Politiques nationales et tendances communes

Les données statistiques (quantifier) et les titres/définitions des emplois (qualifier) sont en règle générale utilisés pour définir les besoins, organiser la concertation, le dialogue social, assurer l’interface entre l’emploi et la formation ou encore les demandes et offres d’emploi. Ils figurent parmi les outils les plus couramment utilisés dans les politiques d’emploi et de formation y compris dans les entreprises.

La combinaison nomenclature NOVALOG (logique descendante) et emplois dans les 16 Etats membres (logique ascendante) a permis :
  • d’appréhender les modalités et le degré d’intégration de la problématique emploi-formation logistique d’un Etat membre à l’autre
  • d’identifier les acteurs intervenant sur cette problématique emploi-formation logistique et les stratégies mises en œuvre
  • de mettre en relation les outils et les acteurs d’un Etat membre à l’autre, du niveau national au niveau européen.

I - QUANTIFIER LES EMPLOIS LOGISTIQUES EN EUROPE

Le travail de quantification des emplois logistiques comporte deux étapes :
  • l’identification des emplois logistiques dans les nomenclatures nationales sur la base des statistiques d’emploi et la comparaison entre ces nomenclatures
  • l’exploitation des données statistiques disponibles relatives aux emplois logistiques retenus dans les nomenclatures nationales et la comparaison des résultats obtenus.

1 - Nomenclatures à la base de statistiques d'emplois logistiques

Des niveaux de détail des nomenclatures statistiques d’emplois très variables
Les nomenclatures les plus détaillées du point de vue des emplois logistiques sont au Portugal, en Espagne, en Hongrie, en France et au Royaume-Uni.

Nombre des emplois logistiques recensés dans les classifications statistiques nationales
Pays Nombre d’emplois
en transport-logistique
Nombre d’emplois
en logistique
Autriche 11 4
Belgique 9 2
France 26 10
Allemagne 13 8
Hongrie 2 16*
Italie 15 8**
Portugal 28 20
Espagne 40 20
Irlande 15 9
Royaume-Uni 13*** 10
* transport et logistique étant assimilés dans les différents emplois de cadres
** 7 emplois logistiques dans la précédente nomenclature de 1999
*** dans la précédente nomenclature SOC90: 17 emplois transport-logistique et 10 emplois logistiques

Cependant, l’appareil statistique n’est pas toujours en mesure de produire des données chiffrées sur les emplois logistiques à un niveau aussi fin que celui des nomenclatures nationales.

Données statistiques emplois logistiques disponibles en Europe
Données absentes Données partielles Données détaillées
Grèce
Italie
Luxembourg
Pays-Bas
Espagne
Suède
Autriche
Belgique
Danemark
Finlande
Allemagne
Royaume-Uni
France
Hongrie
Irlande
Portugal

Des nomenclatures qui évoluent
L’exemple de l’Irlande est particulièrement intéressant. Des estimations ont été réalisées pour connaître les effectifs de quatre emplois transport-logistique qui ne sont pas inclus dans la nomenclature SOC utilisée habituellement en Irlande pour la production de données statistiques d’emplois et qui ont cependant été identifiés dans le cadre d’une étude nationale comme étant significatifs. Il s’agit des emplois de supply chain manager, logistics planners, logistics assistants et freight forwarding managers, traduisant ainsi l’émergence de préoccupations liées à une meilleure prise en compte des professions qui participent à la définition de la politique logistique, d’un point de vue stratégique.

Emplois transport et logistique en Irlande (NB : Les emplois transport sont en italique)
Titres des emplois Emploi en 1999
Responsables transport 3 600
Conducteurs poids lourds 37 700
Responsables entrepôt 1 800
Gestionnaires de stocks 5 700
Opérateurs d’entrepôt 18 600
Caristes 4 000
Responsables des achats 900
Acheteurs 3 600
Responsables commissionnaires 860
Affréteurs 862
Autres agents commissionnaires 1 700
Agents import-export 400
Responsables supply chain 2 832
Responsables de planning logistique 4 208
Assistants logistique 704

En France, les modifications apportées en 2003 vont dans le sens d’une meilleure distinction des emplois logistiques et des emplois transport.

Exemples de modifications dans la nomenclature statistiques en France
1993 2003
codes Titres d’emplois codes Titres d’emplois
3861 Cadres des transports et de la logistique 389a Ingénieurs et cadres techniques de l'exploitation des transports*
387b Ingénieurs et cadres de la logistique, du planning et de l’ordonnancement
6792 Manutentionnaires, agents non qualifiés des services d’exploitation des transports 676a Manutentionnaires non qualifiés
676b Déménageurs (hors chauffeurs-déménageurs) non qualifiés*
676d Agents non qualifiés des services d'exploitation des transports*
* emplois transports

Lorsque les titres d’emplois sont assortis de descriptions
Bien que souvent les Instituts nationaux statistiques repèrent des emplois sans en fournir une description argumentée, on peut remarquer que quelques classifications d’emplois s’efforcent de définir de manière plus ou moins précise le contenu des emplois.

Par exemple, au Portugal, la CNP-94 donne une brève définition de l’emploi. La nomenclature SOC 2000 utilisée au Royaume-Uni fournit une meilleure description, explicitant notamment les différentes tâches liées à l’exercice d’une profession et les qualifications requises.

Nomenclatures propres versus nomenclature internationale
L’International Standard Classification of Occupations, ISCO-88, est une nomenclature d’emplois construite en vue de faciliter les comparaisons statistiques d’emplois au plan international.

Elle constitue à ce jour l’outil de référence pour l’harmonisation des nomenclatures d’emplois en Europe, mais elle est loin d’être satisfaisante pour le repérage desemplois logistiques.

En effet, si la nomenclature ISCO-88 fournit une bonne vision des emplois de l’entrepôt, elle est en revanche très pauvre sur le plan de l’identification des professions oeuvrant dans le champ de la stratégie logistique, ainsi que dans la gestion des approvisionnements. En fait, elle se contente sur ce point de reconnaître l’existence de "cadres de direction, achats et distribution".

Nomenclature ISCO-88 versus nomenclature NOVALOG

1226 Cadres de direction, transports, entreposage et communications
1316 Dirigeants et gérants de petites entreprises d'intermédiation et de service aux entreprises
4131 Employés du service des stocks, 8334 Conducteurs de chariots élévateurs, 9330 Manoeuvres du transport et manutentionnaires

Plusieurs instituts nationaux de statistiques produisent des données sur la base de la nomenclature ISCO-88 de référence (Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, Grèce, Luxembourg, Pays-Bas). Cependant, on peut regretter que les moyens mis en œuvre pour collecter les données sur la base de cette nomenclature ne permettent souvent de renseigner des données d’emplois qu’à des niveaux très agrégés de la nomenclature. Il s’ensuit que peuvent être quantifiées des familles d’emplois plus ou moins larges, mais qu’il est difficile d’avoir des effectifs au niveau d’emplois logistiques proprement dits.

2 - Exploitation des données statistiques

Distinguer emplois logistiques et emplois transport
Les statistiques sur les emplois logistiques intègrent souvent des emplois transport. Nous avons essayé d’expurger les emplois purement transport des emplois propres à la logistique. Par emplois propres à la logistique, on entend ici les emplois directement rattachés à des fonctions logistiques, et hors emplois support (comme des fonctions de secrétariat).
Les statistiques d’emplois sélectionnées comme étant exclusivement du domaine de la logistique montrent que l’emploi logistique représente selon les pays entre 30 et 55% des emplois transport-logistique en fonction des pays et des années considérés. Les évolutions – pour peu qu’on ait des séries temporelles : cas du Portugal, de la France, de l’Irlande... – vont dans le sens de ce qui semblerait être une meilleure convergence de ce rapport en Europe avec le temps.

Part des emplois logistiques dans l'emploi transport-logistique en 1999

Importance des emplois logistiques dans l’emploi total
Les emplois purement logistiques - hors transport et hors emplois support - représentent depuis le début des années 90 entre 1,3 et 3,5% de l’emploi total, selon les pays.

Cependant, la part de l’emploi logistique dans la population totale occupée a tendance à augmenter en Allemagne, au Portugal et au Royaume-Uni, et diminuerait en France et en Irlande, alors que le ratio était plus élevé que dans les autres pays. Davantage de données permettraient de déterminer s’il s’agit d’une forme de phénomène de rattrapage. Avec le temps, cette tendance, si elle est confirmée, peut conduire à une relative convergence du rapport des emplois logistiques dans l’emploi total entre les pays (autour de 2% ou 2,5%).

Répartition des effectifs par type d’emplois logistiques
Bien entendu, les agents (ouvriers et employés) de la logistique sont largement majoritaires dans les effectifs logistiques, et représentent plus de 80% des emplois logistiques au Portugal, en Hongrie et en France.

En Irlande, on peut penser que le nombre important de petites entreprises, et partant de responsables d’entreprises, qui ne sont pas comptabilisés comme des agents, se traduit par une proportion plus faible d’ouvriers et d’employés logistiques dans l’économie.

Part des emplois d’agents (ouvriers et employés) dans les emplois logistiques globaux en 1999

Répartition des emplois logistiques par secteurs d’activité
Afin de répartir les emplois logistiques entre les secteurs d’activité - pour chacun des pays dont les statistiques permettent d’établir un croisement entre les professions et les secteurs économiques -, nous nous sommes appuyés sur trois secteurs d’activité de la nomenclature NACE servant de dénominateur commun :
  • transports et communications
  • commerce
  • industrie chimique : parmi les secteurs industriels choisis pour NOVALOG – chimie, électronique, automobile - l’industrie chimique est celle qui paraît accueillir le plus d’emplois logistiques.

Nous avons pris comme année de référence la plus récente, soit 2001, à l’exception du Portugal, pays pour lequel nous n’avons pas de données après 1999, qui devient donc l’année de référence.
Au Portugal et en Hongrie, le nombre des emplois logistiques se répartit de manière comparable entre le secteur transport et celui du commerce. En France cependant, les données issues du dernier recensement de population montrent que le secteur commerce emploie un tiers des emplois logistiques. A titre de comparaison, les deux secteurs transport et commerce emploient environ 20% des effectifs logistiques en Hongrie en 2001.

Emplois logistiques par secteurs en % des emplois logistiques totaux

Evolution des emplois logistiques dans le transport
En France et en Allemagne, les emplois logistiques sont de plus en plus exercés dans le secteur transport. C’est également le cas au Portugal. En France, ce mouvement s’accompagne d’une réduction des effectifs logistiques dans l’industrie, qui traduit la sous-traitance et l’externalisation des activités logistiques effectuées par les producteurs.

Evolution des emplois logistiques dans le secteur transport

II - CARACTERISER LES EMPLOIS LOGISTIQUES ET LES ACTEURS EN EUROPE

La "production" des titres et définitions des emplois logistiques recensés dans les 16 Etats membres constitue une indication à part entière permettant de dégager des tendances communes, des dynamiques et ainsi conjuguer une approche par les outils et par les acteurs.

1 - Analyse de la "production" des titres et définitions des emplois logistiques

L’approche par les outils fait apparaître une meilleure prise en compte de la logistique dans les politiques pour l’emploi et la formation. Cette reconnaissance est également de plus en plus globale avec la parution de nomenclatures assorties de définitions à des fins autres que statistiques, dans lesquelles sont identifiées toutes les fonctions et emplois s’y rattachant.

Les principaux acteurs sont au premier chef les opérateurs de formation avec le recours à des catégories beaucoup plus larges dans la façon d’appréhender les emplois pour les formations longues. Cette implication est à mettre au compte du rôle croissant que jouent les référentiels emploi et formation dans la gestion de la formation professionnelle comme interface formalisée avec le marché, outil de régulation et d’évaluation. Elle traduit également une réactivité par rapport aux besoins du marché du travail qui se retrouve également au niveau des agences pour l’emploi en charge de l’information, de l’orientation et du placement. Ces dernières développent des outils de plus en plus complets pour faciliter l’appairage entre l’offre et la demande et l’accessibilité des définitions par le biais des sites internet. Ce sont elles qui participent de manière active au renouvellement dans la façon d’appréhender la logistique au profit d’approches plus globales là où prévalait voire prévaut encore la logique de l’emploi type ou de référence le plus représentatif. Le rôle des partenaires sociaux dans ce travail de production des titres et définitions des emplois tend à se développer notamment au niveau sectoriel tout en étant significatif auprès des autres intervenants parmi lesquels les opérateurs de formation. Il est à noter enfin dans certains Etats membres en particulier la France, la contribution prudente des instances de normalisation dans le prolongement et/ou en amont des initiatives du Comité Européen de Normalisation dans le milieu des années 90.

Principaux "producteurs" de titres et définitions des emplois logistiques en Europe

Les emplois les mieux identifiés et/ou définis en Europe sont les caristes, les opérateurs magasiniers et les préparateurs de commande conformément à leur importance d’un point de vue statistique. Ils le sont à part égale avec le responsable département logistique qui se détache de façon significative par rapport aux autres emplois relevant de la mise en œuvre et de la définition des politiques logistiques pour constituer le profil de référence recouvrant tous les cas de figures de façon indistincte au risque de masquer la diversité des positions et les perspectives de carrière.

Niveau de représentation des titres et définitions des emplois logistiques en Europe

La nature des informations qui figure dans la présentation du contenu des emplois logistiques autrement dit ceux qui ont fait l’objet d’une définition est à l’image de l’importance du rôle joué par les différents acteurs. A cet égard, ce sont les qualifications, les compétences qui prévalent, puis les descriptifs des activités, des savoirs et savoir-faire. En revanche, les éléments relatifs au savoir-être semblent peu utilisés (ce qui peut paraître surprenant compte tenu des caractéristiques même de la logistique) tout comme les aspects concernant les perspectives de carrière, les conditions de travail et enfin les rémunérations qui pourtant constituent des informations importantes pour les politiques de placement, d’orientation et de formation quand il s’agit d’intervenir sur l’attractivité d’une activité, d’un secteur ou d’un métier.

Importance des informations prises en compte dans la définition des emplois logistiques en Europe

2 - Le rôle des acteurs nationaux

L’analyse des outils débouche sur celle des acteurs appelés à intervenir selon leur domaine de préoccupation et leur compréhension des enjeux dans une "construction" de la représentation de la logistique du point de vue de l’emploi et de la formation.

Les dynamiques qui sembleraient plus particulièrement y concourir se conjuguent d’un Etat membre à l’autre, au niveau européen sans forcément se relier les uns aux autres. Les plus importantes sont :
  • Professionnelles, portées par celles ou ceux en charge des politiques logistiques avec pour ambition la valorisation de la démarche, des compétences requises par le biais de la normalisation au niveau national et européen grâce à l’interface avec l’Association Européenne de Logistique (ELA).
  • Educatives et formatrices avec d’un côté le développement rapide de cursus sur le management de la logistique et de l’autre la mise en place de formations qualifiantes ou diplômantes pour les emplois de l’entreposage.
  • De placement, d’information et d’orientation caractérisées par un travail de définition des emplois de référence, puis de véritables nomenclatures plus ou moins intégrées.
  • Territoriales à l’échelon régional à l’instar de l’Espagne, de l’Italie ou national avec l’exemple de l’Irlande, la logistique étant abordée comme un élément constitutif de l’attractivité et la formation, comme une composante des politiques d’accompagnement, qui tend à privilégier l’approche transversale et globale du point de vue de l’emploi.
Deux autres dynamiques sembleraient connaître un essor particulier, la logique sectorielle et l’approche européenne :
  • La logique sectorielle peut intervenir dans le prolongement d’initiatives, réflexions d’ordre économique sur le devenir d’un secteur d’activité pour déboucher dans les conclusions, sur le rôle stratégique de la logistique et sur les politiques d’accompagnement à mettre en place parmi lesquelles l’emploi et la formation. Elle est également à l’œuvre lorsque les acteurs institutionnels font de l’emploi et de la formation un champ de préoccupation et d’intervention à part entière. Il en va ainsi pour le transport en général - et routier de marchandises en particulier, qui se caractérise par la multiplication des initiatives visant à mieux prendre en compte la logistique dans le cadre institutionnel, le dispositif emploi-formation existant. Les questions portent tout autant sur la définition du périmètre du secteur que sur l’identification des emplois et des compétences. Parmi les exemples les plus significatifs, il y a l’intégration par les partenaires sociaux français de 21 emplois logistiques allant du niveau managérial au niveau opérationnel dans la convention collective du secteur des transports routiers et activités auxiliaires.

Liste des 21 emplois logistiques identifiés dans la convention collective du secteur
des transports routiers et activités auxiliaires en France

  • Directeur de site(s) logistique(s)
  • Directeur conditionnement à façon
  • Directeur d’exploitation logistique
  • Chef d’exploitation logistique
  • Chef de projet (méthodes ou études logistiques)
  • Chef de quai logistique
  • Chef d’équipe logistique
  • Gestionnaire de stocks
  • Responsable maintenance d’entrepôt logistique
  • Responsable management de la qualité
  • Correspondant du responsable management de la qualité
  • Opérateur emballeur
  • Contrôleur / flasheur
  • Technicien de maintenance d’entrepôt logistique
  • Agent de maintenance d’entrepôt logistique
  • Employé d’ordonnancement
  • Préparateur de commandes
  • Responsable ou superviseur de lignes
  • Opérateur de lignes
  • Cariste en prestations logistiques
  • Assistant d’inventaire

Chacun de ces 21 emplois fait l’objet d’une définition, les organismes de formation professionnelle de branche que sont l’AFT-IFTIM et Promotrans ayant été chargés de définir les compétences, les connaissances, les formations obligatoires et d’identifier les formations diplômantes ou qualifiantes existantes.

3 - Dynamiques européennes et transnationale

Les dynamiques nationales tendent de plus en plus à trouver un prolongement, une traduction au niveau européen mais selon des modalités qui dépendent largement du niveau de représentation et d'organisation des acteurs concernés. Plus qu'une description du contenu des différentes approches européennes, il paraît plus significatif de mettre en exergue les formes d'intervention.

Certaines relèvent de la normalisation et de la certification pour concerner en priorité le management de la logistique par l'intermédiaire de l'Association Européenne de Logistique.

D'autres s'inscrivent plutôt dans des logiques de coopération et de coordination à travers le dialogue social à l'image des initiatives du Comité Sectoriel Route en relation étroite avec le projet NOVALOG, la création sur une base volontaire d'un diplôme européen de "technicien de logistique" dans le cadre d'un partenariat entreprises/Etats membres.

D'autres renvoient enfin au champ réglementaire ou à des logiques de transposition de démarches, outils, normes communes d'une filiale à l'autre, d'un Etat membre à l'autre par le biais des politiques de groupe en matière de gestion des ressources humaines.

Principales formes d’intervention au niveau européen

Harmonisation
La transposition des directives européennes a obligé les Etats membres de l'Union européenne à passer d'une législation souvent basée sur des principes de correction à une approche de prévention axée sur les comportements individuels et les structures organisationnelles.

Concernant la transposition plus particulière de la directive n° 89/655/CEE du 30 novembre 1989 relative à l'utilisation "des équipements" de travail qui définit les prescriptions minimales de sécurité et santé pour l'utilisation d'équipements de travail par les travailleurs sur les lieux de travail, une communication de la Commission relative à la mise en oeuvre pratique des dispositions de plusieurs directives sur les équipements de travail fait remarquer que « la plupart des lacunes observées ont été résolues sans passer par des procédures en manquement même si celles-ci ont été nécessaires dans certains cas (...).

La directive n°89/655/CEE a permis le renouvellement de la réglementation en matière d'utilisation des équipements de travail, en l'inscrivant dans une problématique moderne d'évaluation du risque et de programmation des actions ; s'en est suivie, notamment grâce à l'apport des branches professionnelles, une dynamique d'amélioration globale du niveau de sécurité.

Cette directive énonce les obligations générales des employeurs et les règles générales qu'ils doivent observer en ce qui concerne les équipements de travail - y compris les équipements à risque spécifiques - l'information, la consultation et la participation des travailleurs (http :/europa.eu.int/scadplus/leg/fr/cha/cI1149.htm). La transposition de cette directive dans les législations nationales des Etats membres porte en particulier sur la conduite des équipements de travail mobiles automoteurs et des équipements de levage.

Ces réglementations précisent, ou non, qu'une formation initiale adéquate pour la conduite de ces équipements est obligatoire notamment pour les chariots élévateurs, et ce quel que soit le secteur d'activité. Souvent, la conduite des chariots élévateurs s'accompagne d'une autorisation obligatoire de conduite (licence) valable dans l'enceinte de l'entreprise. En Allemagne et au Royaume-Uni, les autorisations de conduite sont seulement exigées pour conduire un chariot sur une voie publique.

L'obligation de formation ne s'accompagne pas toujours de l'obligation de détenir un permis de conduire ou une autorisation de conduite pour un chariot élévateur.

Ainsi, en France, le Certificat d'Aptitude à la Conduite des Engins en Sécurité (CACES) n'est pas obligatoire, même s'il est recommandé par la Caisse Nationale d'Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAMTS). Valable 5 ans, il constitue un bon outil pour satisfaire au contrôle des connaissances de conduite en sécurité dans la délivrance de l'autorisation de conduite qui est établie par l'employeur.

En effet, concernant la conduite d'un chariot automoteur, l'obligation porte, en France, sur la détention d'une autorisation de conduite, laquelle est délivrée par le chef d'entreprise, après avoir vérifié :
  • l'aptitude médicale au poste de travail par le médecin du travail,
  • le contrôle des connaissances et savoir-faire de l'opérateur pour la conduite en sécurité,
  • une connaissance des lieux et des instructions à respecter sur le site d'utilisation.

Cependant, lorsque les réglementations n'exigent pas du conducteur qu'il possède une autorisation de conduite, une formation ayant pour objectif de lui donner les connaissances et savoir-faire nécessaires à la conduite en sécurité peut être proposée. Les employeurs doivent par exemple s'assurer que l'ensemble du personnel est formé, et pourvoir, si nécessaire, à des formations complémentaires ou à une réactualisation des connaissances, comme en Irlande.

A l'issue de la formation, un document peut être remis certifiant que la formation a bien été suivie, et/ou que l'obtention des connaissances et savoir-faire requis a été validée par le passage réussi d'un examen.

Les réglementations du Danemark, de la France, de la Grèce, de la Hongrie, et de l'Irlande notamment exigent un contrôle des connaissances pour habiliter le cariste à conduire les chariots élévateurs. En revanche, en Espagne, au Portugal, en Suède, au Royaume-Uni, aucun contrôle particulier des connaissances n'est obligatoire.

Concernant, l'organisation de la formation pour les caristes, dans la majorité des pays, les programmes de formation ne sont pas préalablement définis ; seuls des thèmes principaux sont donnés aux employeurs à titre indicatif. En France, au Luxembourg, en Suède, au Royaume-Uni, et en Irlande, les organisations professionnelles, les partenaires sociaux ou les pouvoirs publics ont construit des programmes de formation appropriés qui s'accompagnent de tests, et d'examens pratiques et théoriques.

Certaines réglementations nationales recommandent des durées de formation : 5 jours sont suggérés en Irlande, 3 jours au Luxembourg et en France, une semaine au Danemark. Des pré-requis spécifiques peuvent être exigés, comme en Grèce, où le candidat au poste de cariste doit en outre justifier avoir travaillé 400 jours en tant qu'assistant cariste sous la responsabilité d'un professionnel. En Hongrie, le cariste doit encore être titulaire d'un niveau scolaire minimum.

Ainsi, la transposition de la directive en droit national s'est traduite par l'obligation généralisée en Europe de former au métier de cariste. On notera néanmoins que cette obligation dans certains pays était antérieure à la directive (ainsi, en France, l'obligation d'autorisation de conduite datait de 1974 pour les chariots automoteurs de manutention).

Pour autant, on observe une grande hétérogénéité dans l'application de la directive et l'exécution des formations. En particulier, la durée, la fréquence, et le contenu des formations ne sont pas harmonisés, ni les moyens de contrôle des acquis, un certificat de formation et/ou une autorisation de conduite n'étant pas toujours obligatoires.

En outre, d'autres critères entrent souvent en compte pour être habilité à conduire un chariot automoteur, comme l'âge, la santé, éventuellement des pré-requis scolaires ou l'expérience professionnelle, mais là encore les spécifications sont très variables d'un pays à l'autre.

Certification
L’objectif de l'Association Européenne de la Logistique ((ELA) Fédération de 30 organisations nationales couvrant presque tous les pays d'Europe centrale et occidentale) est d'offrir un forum de coopération pour toute personne ou société s'intéressant à la logistique en Europe et d'apporter une assistance dans le domaine de l'industrie et du commerce en Europe. L'ELA travaille avec les associations afin de créer et de maintenir des normes pour assurer des programmes de formation et d'enseignement efficaces et de qualité. L'ELA formule des normes logistiques européennes et encourage l'acceptation de ces normes par chacun des pays membres. Une procédure de qualification professionnelle est en place afin de permettre l'acceptation de ces normes au niveau paneuropéen.

A cet égard, l'ELA, grâce aux profils professionnels qu'elle a établi l'intention des spécialistes de l'étude de la logistique, a mis au point un plan d'action et certains modèles de développement de carrière figurent dans ses programmes de certifications et prérequis. Facilitant la mobilité en Europe, la certification permet aux employeurs de reconnaître et de comprendre les qualifications des différents pays membres. Tous les candidats à la certification sont évalués d'après les normes de compétence du Conseil Européen de Certification pour la Logistique, qui sont partagées par un certain nombre d'organismes d'enseignement européens participants.

Le Conseil Européen de Certification pour la Logistique (ECBL) a été crée en 1997 afin d'appliquer la Certification ELA. L'ECBL est une association internationale sans but lucratif de droit belge enregistrée à Bruxelles. C’est un organisme indépendant composé des pays membres qui ont accepté volontairement de partager les normes de compétences en logistique et d'adhérer à des procédures d'assurance qualité de même niveau.

Ses objectifs sont :
  • d'améliorer les connaissances professionnelles des logisticiens en Europe, d'introduire et de maintenir une structure de qualifications européenne reconnue et de promouvoir ainsi la science, la pratique et le développement de la logistique,
  • de se tenir au courant des nouvelles compétences développées dans le domaine de la logistique,
  • d'introduire et de maintenir des normes européennes pour la pratique de la logistique,
  • d'établir des procédures européennes de qualification et de certification des compétences des praticiens de la logistique,
  • d'encourager la création d'organismes de formation en Europe afin de conforter les qualifications issues de ce système européen,
  • d'établir et maintenir des contacts avec d'autres organisations européennes et internationales engagées dans la formation et la qualification en logistique,
  • de promouvoir toutes les activités associées avec les objectifs ci-dessus,
  • d'agir pour ce faire conformément aux valeurs et aux objectifs de l'ELA.

L'ECBL adopte le système de compétences qui reflète les attentes en matière de performance sur le lieu de travail. Les normes sont fondées sur les résultats et servent de base d'évaluation. C'est le groupe de travail Normalisation de l’ECBL qui s'occupe de cette tâche en s'appuyant sur l'expérience des utilisateurs et les besoins du marché de la logistique et qui met les normes à jour le cas échéant. Le groupe de travail assurance qualité réunit toutes les informations transmises par les membres de l’ECBL sur les processus et les systèmes d'évaluation. Il travaille également à la formulation des procédures de contrôle.

Un maillon de valeur dans la chaîne de l'ECBL

Normalisation
Le CEN/TC 273 "Logistique" a préparé un rapport intitulé "Mesures de la performance logistique, besoins et méthodes de mesure" afin d'aider les industries, les entreprises et les personnes à mesurer leur performance logistique. Une attention de plus en plus grande est portée à l'efficacité et à l'efficience de la chaîne logistique et à la compétitivité dans ce domaine. L'objectif de ce document est de définir un ensemble de mesures de la performance logistique, ainsi que les besoins et les méthodes de mesure de la performance, du point de vue de l'efficacité, de l'efficience et des facteurs associés dans le domaine de la gestion, des systèmes et de l'équipement logistiques.

Ces travaux visent à décrire et codifier les meilleures pratiques logistiques par la mise au point d'une terminologie, d'une description des tâches et responsabilités attachées aux emplois logistiques, et par la prescription des formations appropriées pour exercer ces emplois. Toutes les améliorations de la performance logistique qui pourraient découler de l'examen systématique de la terminologie, des emplois et de la formation seront perdues si ces améliorations ne sont pas soutenues et surtout renforcées.

Les mesures de la performance présentées dans ce rapport sont des exemples des meilleures pratiques généralement acceptées mais chaque entreprise doit sélectionner celles qui conviennent le mieux à ses circonstances et objectifs. Elles faciliteront sensiblement les comparaisons intra- et interentreprises en créant un étalon de mesure de la performance logistique.

Le Comité Technique "logistique" CEN / TC 273 a également préparé un projet de norme européenne définissant les termes communément utilisés en logistique. Ce projet englobe tous les aspects de la logistique et de la gestion de la chaîne logistique, y compris le transport. A l'heure actuelle, la "logistique" est largement reconnue comme une discipline importante pour un certain nombre de types d'organisations. Inévitablement, elle utilise déjà une série de termes qui, tout en étant communément utilisés, n'ont souvent pas de définition commune. En outre, avec l'application plus large du concept de la logistique, de nouveaux termes sont créés et la signification des termes existants évolue de manière désordonnée. Cette norme terminologique est introduite afin de tenter d'assurer un certain niveau de contrôle dans une situation qui menace de devenir assez confuse.

Enfin, le groupe d'expert du GT 2 "Fonctions logistiques" du CEN/TC 273 a présenté un inventaire et un résumé des activités logistiques telles qu'elles ont été identifiées à l'issue d'enquêtes auprès de plus de 500 sociétés industrielles, commerciales et de services de 7 pays européens. Celui-ci dresse la liste des "profils professionnels" dans lesquels les activités logistiques ont une part prépondérante.

L'analyse des activités qui composent chaque profil a permis d'observer trois niveaux de réalisation de ces activités :
  • un niveau conceptuel: choix des options, participation à l'élaboration de la stratégie, détermination des objectifs logistiques dans le cadre de la politique de service
  • un niveau organisationnel : mise en place et organisation des opérations logistiques
  • un niveau opérationnel : réalisation des opérations.

Ce travail a pour objectif ultime de donner aux instituts de formation une image aussi précise et détaillée que possible des différents métiers de la logistique et de leur contenu de façon à leur permettre de s'assurer que l'enseignement dispensé correspond bien aux besoins que les activités logistiques requièrent pour être correctement réalisées.

Diplôme professionnel européen
Né sous la présidence française de l'Union européenne à la fin de l'armée 2000, ce projet qui réunit neuf pays partenaires, s'inscrit dans le courant des initiatives communautaires en faveur d'un espace européen de la connaissance et de la mobilité. Il présente une méthode de construction commune de diplômes d'enseignement professionnel, susceptible d'ouvrir un nouvel espace de coordination communautaire dans lequel les Etats membres s'engageraient à donner un socle commun à leur système de qualification professionnelles.

La démarche a été guidée par la construction d'une grille fondée sur l'analyse fonctionnelle, analyse qui part de la demande des professionnels, des exigences en terme de formation ou d'apprentissage et de l'articulation de ces deux dimensions grâce à un volet certification permettant d'attester des compétences nécessaires de la personne formée pour l'exercice de l'activité.

La construction commune est fondée sur le schéma suivant :
  • description de l'activité professionnelle, des tâches et des compétences sur la base de descripteurs communs, et non d'une correspondance entre les concepts utilisés dans les différents systèmes éducatifs
  • construction d'une méthode d'élaboration des objectifs de certification
  • élaboration des composantes d'un guide de la formation.

L'objectif initial du projet consistait à élaborer concrètement deux diplômes, dont celui de Technicien logistique (bac + 2).

Le référentiel commun d'activités du diplôme de technicien logistique, qui dépasse le cadre strictement sectoriel, a été bâti autour d'une méthode de co-construction qui a vu la participation de différents Etats membres, ainsi que d'acteurs différents, réunis en équipe au sein de chacun des Etats. Ces équipes nationales étaient composées de représentants de chaque secteur professionnel, de représentants institutionnels, de chercheurs et d'experts, i.e. des acteurs qui selon les situations nationales déterminent le cadre des diplômes, leur contenu, ou qui sont en capacité d'en analyser certaines particularités ou de les formaliser.

Dialogue social dans le secteur du transport routier
La stratégie de Lisbonne du Conseil de l'Europe souhaite apporter davantage d'emplois et de croissance dans une économie axée sur le savoir et elle compte sur une participation fructueuse des partenaires sociaux dans ce processus ; malgré les différences entre les pratiques au niveau national et entre les situations relatives aux relations industrielles et à la formation professionnelle en logistique, le fait d'indiquer des orientations communes au niveau européen peut contribuer :
  • à tirer vers le haut les savoir-faire et les compétences dans les différents Etatsmembres et les entreprises, en particulier là où peu d'effort ont été faits
  • à améliorer la qualité des services logistiques
  • à faciliter la mobilité des travailleurs dans l'entreprise et/ou en logistique dans l'Union Européenne.

Le projet NOVALOG, conformément aux objectifs initiaux qu'il s'était assigné, a permis de mettre en commun et d'échanger, sur la base d'une nomenclature, les visons de l'emploi logistique des partenaires sociaux des différents états membres de l'Union, via le Comité Sectoriel Route. A cet effet, un groupe de travail logistique a été constitué avec les syndicats International Road Transport (IRU) et European Transport workers Federation (ETF), qui s'est réuni au cours du projet, et qui se pérennise aujourd'hui de manière autonome au delà du projet.

Il a débouché sur un plan d'action adopté par les partenaires sociaux impliqués dans le projet qui propose une approche en trois étapes :
  1. Première étape : Demande à la Commission Européenne et aux Etats-membres concernant les statistiques sur l'emploi en logistique. Une demande semblable est adressée aux Etats-membres.
  2. Deuxième étape : Recommandation à la Commission européenne, aux Etatsmembres et aux partenaires sociaux nationaux sur la mise en oeuvre des la Directive 89/655/EEC sur les obligations minimales en matière de sécurité et de santé lors de l'utilisation de l'équipement de travail par les salariés sur leur lieu de travail. La formation obligatoire, la définition d'un contenu de la formation par les partenaires et les autorités publiques doivent également être élargies aux autres emplois relatifs à l'entreposage lorsque le maniement en sécurité de l'équipement de travail est en jeu.
  3. Troisième étape : Création d'un cadre de mesures destinées à développer les compétences et les qualifications tout au long de la vie dans le domaine logistique.

compétences et les qualifications tout au long de la vie dans le domaine logistique. Les partenaires sociaux européens considèrent qu'il faudrait offrir aux salariés une évaluation individuelle dans le but de reconnaître leurs qualifications existantes, qu'elles aient été acquises par l'enseignement, la formation ou l'expérience de travail. Ils encouragent les partenaires sociaux, à leur niveau respectif et en fonction des pratiques nationales, à mettre cette question à l'ordre du jour de leurs négociations.
Les partenaires sociaux européens encouragent les partenaires sociaux au niveau sectoriel, national, régional et dans les entreprises, avec les autorités publiques, en fonction des pratiques nationales, à commencer à discuter l'utilisation des lignes directrices mises au point par NOVALOG concernant le référentiel de compétences pour les emplois relatifs à l'entreposage, afin d'identifier et de prévoir, de manière plus rationnelle, leurs besoins en formation. Ils affirment qu'afin d'optimiser la situation dans le secteur, les partenaires sociaux devraient conjuguer leurs efforts pour améliorer le développement des compétences des travailleurs de ce secteur.

Le dialogue social au sein du secteur du secteur du transport routier
dans le domaine de la logistique : processus et résultats

L'ensemble de ces différentes expériences vers l'établissement d'un "étalon commun" européen apparaît comme profitable aux partenaires sociaux, aux acteurs de la formation professionnelle et favorable aux démarches de certification, expériences désormais reliées à des réalités nationales et inscrites dans un cadre grâce au projet NOVALOG.

Pour plus d'informations : Rapports novalog